Exemplaire signé et annoté par Jean-Baptiste Racine, fils aîné de Jean Racine

ARISTOPHANE

Aristophanis facetissimi comoediae undecim. Comoediarum catalogum versa pagella indicabit

Parisiis, Apud Andream Wechelem sub Pegaso, in vico Bellovaco : anno salutis, 1557

In-8, 567 pp., pagination continue mais ponctuée de 6 autres pages de titre (impression d’André Wechel et de Christian Wechel, dates variables 1540-1559) ; exemplaire en partie réglé, plusieurs pages de titre introduisant chaque pièce, avec une adresse et date différente.

Relié avec :

NIC­ANDER (Colo­phoni­us), Nic­andri Theri­aca. Inter­prete Io. Gor­raeo Par­is­i­ensi, Par­isiis, Apud Guil. Moreli­um in Grae­cis typo­graphum regi­um, MDLVII [1557] [suivi de] In Nic­andri Theri­aca scho­lia auc­t­or­is incerti & vetusta & util­ia, Par­isiis, apud Guil. Moreli­um, in Grae­cis typo­graphum regi­um, MDLVII [1557]

In-8, 172 pp. + 80 pp. ; colo­phon à la fin du second ouv­rage des Scol­ies : « Par­isiis MDLVII. Excude­bat Guil. Moreli­us in grae­cis typo­graphus regi­us » ; au titre du présent exem­plaire, « no. 4 » à l’encre brune.

Reli­ure du XVIIIe siècle de plein veau havane, dos clois­on­né et fleur­on­né, pièce de titre de cuir rouge « Aris­top. Comoedi » (sic), filets à froid en encadre­ment sur les plats, gardes de papi­er mar­bré tour­niqué (mors fendus, épi­der­m­ures aux plats ; déchirure à la p. 5 sans perte de texte ; quelques mouil­lures). Dimen­sions : 148 × 217 mm.

Bru­net, Manuel du lib­raire (ed. Par­is, 1860), I, col. 452 : « gr. Par­isiis, Chr. Weche­li­us, 1540, pet. in-4 de 567 pp. Texte formé sur celui des édi­tions d’Alde et de Cratand­er […] Un exem­plaire avec dates 1537 – 1540 (sic pour 1557) in-4, avec la sig­na­ture de J. Racine et de nom­breuses notes de la main de Jean, son fils aîné. 425 fr. Ren­ou­ard ». – Pettegree et Walsby, French Books III & IV, no. 53780.

Réunion des onze pièces d’Aristophane, pagin­a­tion con­tin­ue et titres séparés, port­ant des dates de 1540 à 1559, imprimées par C. Wechel, puis A. Wechel (retirages de quelques pièces en 1547, 1557 et 1559), repren­ant l’édition de Chré­tien Wechel de 1540 (exem­plaire BnF, Yb. 278 ; Bunker, R. A Bib­li­o­graph­ic­al Study of the Greek Works and Trans­la­tions Pub­lished in France dur­ing the Renais­sance : the Dec­ade 1540 – 1550, New York, 1939).

Aris­to­phane est le seul des poètes de la comédie ancienne grecques dont des pièces de théâtre com­plètes soi­ent parv­en­ues jusqu’à nous. Dès l’Antiquité, son théâtre était déjà loué par Pla­ton qui pen­sait que les Grâces avaient trouvé un sanc­tuaire dans son âme. Les cri­tiques mod­ernes s’accordent pour soulign­er la mod­ern­ité de ces comédies enlevées dans lesquelles Aris­to­phane se révèle un peintre incon­tourn­able des mœurs de la société athéni­enne : « Poète poli­tique rigoureux, com­par­able en cela à Dante, Aris­to­phane est en même temps le poète par excel­lence de la joie de vivre, de la sen­su­al­ité débord­ante, un Rabelais antique » (A. Lokinivich).

Si Aris­to­phane con­nait un engoue­ment dans la première moitié du XVIe siècle en France, il sera finale­ment peu appré­cié à la fin du XVIIe siècle. Plus que ses pièces, on con­naît de lui ce qu’en a dit Plut­arque dans sa Com­parais­on entre Aris­to­phane et Mén­andre, laquelle con­clut, au profit de Mén­andre. Ce derni­er fait fig­ure de mod­èle, tandis qu’Aristophane sert générale­ment de repous­soir. Leur oppos­i­tion recouvre en fait celle des comiques lat­ins Plaute et Térence, le premi­er étant cri­tiqué pour sa vul­gar­ité et le second exalté pour son bon goût. L’édition prin­ceps d’Aristophane paraît à Ven­ise en 1498 chez Alde Manuce (HC 1656 ; BMC, V, 559 ; GW 2333 ; Goff A 958 ; Ess­ling 1163 ; Ren­ou­ard, Alde, 16 ; Bru­net, I, col. 451; Picot, Cata­logue Roth­schild, n°1061). La première édi­tion d’Aristophane où sont réunies les 11 pièces con­ser­vées parait sous le titre Comedi­ae XI, graece…, Bâle, A. Cratand­er, 1532 (Bru­net, I, col. 451). La première tra­duc­tion com­plète lat­ine des onze pièces d’Aristophane par Andrea Divo ou Divus parait en 1538 (Aris­to­phanis, comi­cor­um prin­cip­is, Comoedi­ae unde­cim, e Graeco in Lat­in­um, ad verbum trans­latae, Andrea Divo Iustino­pol­it­ano inter­prete, Ven­etijs, apud D. Iac­ob a Bur­go­fran­cho Papi­ensem, mense Iunio, 1538). Le XVIe siècle voit paraître quatre édi­tions par­is­i­ennes du Ploutos et trois des Nuées.

Le Ploutos jouit, parmi les onze comédies d’Aristophane qui nous sont parv­en­ues, d’un stat­ut par­ticuli­er. Dès la fin de l’Antiquité, et pour longtemps, ce fut la comédie d’Aristophane la plus appré­ciée : on compte ain­si 148 manuscrits médiévaux de la pièce. Ploutos, dieu de la richesse, est aveugle : Zeus en a décidé ain­si, pour éviter que Ploutos devi­enne le bien­faiteur des hommes. Sur le bon con­seil de l’oracle de Del­phes, un citoy­en, Chrémylos, con­vainc Ploutos d’aller se faire soign­er et d’aller dormir dans le sanc­tuaire d’Asclé­pi­os. Une fois guéri, Ploutos peut faire le bon­heur des hon­nêtes gens.

La comédie des Nuées fut aus­si très pop­u­laire dès l’Antiquité et cette pop­ular­ité a per­duré pendant le Moy­en Âge. Elle met en scène un père de famille athéni­en ruiné par son fils et s’adressant à Socrate pour qu’il lui ensei­gne une rhét­orique propre à gag­n­er tous les procès que lui inten­tent ses créditeurs. Le fils, instru­it par le philo­sophe, retourne son nou­veau savoir contre son père qu’il finit par battre. Le père s’en va alors mettre le feu au logis du philo­sophe, préfig­ur­ant la mise à mort du vrai Socrate qui devait advenir quelques vingt-cinq années plus tard.

Les neuf autres pièces dans ce recueil sont dans l’ordre Les Gren­ouilles, Les Acharni­ens, Les Cava­liers, Les Guêpes, La Paix, Les Oiseaux, Lys­istrata, Les Thes­mo­phor­ies, L’Assemblée des femmes.

ANNOTA­TIONS

Ouv­rage annoté en grec, lat­in et français (pp. 5 – 81 ; pp. 430 – 439) : toutes les annota­tions sont de la même main régulière. L’annotateur a com­menté l’intégralité du Ploutos, une partie des Nuées, et une partie de l’Assemblée des femmes. Les notes sont de plusieurs types, plus par­ticulière­ment des explic­a­tions et tra­duc­tions de mots et expres­sion grecs, don­nées en lat­in et/​ou en français ; des explic­a­tions de points de gram­maire ou de con­ju­gais­on ; notes his­toriques ou de points de civil­isa­tion, en par­ticuli­er le sys­tème poli­tique et monétaire athéni­en ; des com­mentaires plus per­son­nels et essais ou pro­pos­i­tions de tra­duc­tion. Face au vers qui emploie le mot « scato­phafos », l’annotateur indique « Il se mocque des méde­cins qui sont accou­tumez a sen­tir les excre­mens des mal­ad­es » (Ploutos, p. 30). Anne Daci­er (née Lefèvre) avait aus­si du mal avec des pas­sages scato­lo­giques ou « por­no­graph­iques ». Pour ce même pas­sage elle dit : « Mais je dis que comme il est grand Medecin, il goûte volon­ti­ers [aux viandes que les hommes ont déja mangées, & qu’il ne hait pas l’odeur dont je viens de par­ler.]] Aris­to­phane dit cela tout en un mot, & il appelle Escu­lape skato­favgon. Cette reprise a dans le Grec une grace mer­veil­leuse ; mais en notre Langue cela seroit insup­port­able, c’est pour­quoy, j’ai pris un détour qui ne laisse pas d’estre sens­ible, quoy qu’il soit couvert. Aris­to­phane raille icy les Medecins de ce qu’ils sont accoûtumés à sen­tir des choses que nous n’oserions nom­mer… » (Le Plu­tus et les Nuées d’Aristophane. Comédies grecques traduites en français, avec des Remarques et un exa­men de chaque pièce selon les règles du Théâtre. Par Mademois­elle Le Fèvre, Par­is, 1684, p. 139 ; voir Bastin-Ham­mou, 20102 (no. 72))

Les notes cit­ent à plusieurs reprises les travaux d’Anne Daci­er (1645−1720) et plus pré­cisé­ment ses tra­duc­tions d’Aristophane parues en 1684, offrant un ter­minus post quem pour les notes : « Epluche tes pensées, exam­ine les bien les unes apres les autres, fais en l’analyse. Il se moque de la man­ière des philo­sophes de Socrate. Je suis éton­né que Me Daci­er ai passé légère­ment sur cet endroit qui est plein de sel et d’esprit » (p. 77) ; « Mad. Daci­er dit que le stater d’or pour­rait valoir environ sept livres de nostre mon­noye » (p. 34). Sav­ante et philo­logue lat­in­iste et hellén­iste, Anne Daci­er (Mlle Lefèvre) est con­nue pour ses tra­duc­tions d’Homère. Celle-ci fait paraître en 1684 les premières tra­duc­tions françaises en prose de deux pièces d’Aristophane, le Ploutos et les Nuées (Le Plu­tus et les Nuées d’Aristophane. Comédies grecques traduites en français, avec des Remarques et un exa­men de chaque pièce selon les règles du Théâtre. Par Mademois­elle Le Fèvre, Par­is, D. Thi­erry et Cl. Barbin, 1684). Sa tra­duc­tion est saluée comme bril­lante : elle inter­vi­ent l’année qui suit son mariage avec le philo­logue André Daci­er (1683).

La main qui annote cet ouv­rage nous parait être celle de Jean-Bap­tiste Racine (1678−1747) : « Très stud­ieux dès ses années d’adolescence et de jeun­esse, il aimait les livres, et ne lais­sait pas d’en achet­er en grand nombre. Ce qui lui attirait quelques obser­va­tions de la part de son illustre père. Ain­si dans une lettre du 24 juil­let 1698 : […] J’oubliais à vous dire que vous ne soyez un trop grand achet­eur de livres… » (Jovy, 1932, p. 557). La bib­lio­thèque très con­séquente de Jean-Bap­tiste Racine passa entre les mains de son frère cadet Louis Racine (1692−1763) : « Elle avait, évidem­ment, une extrême valeur parce qu’elle com­pren­ait les manuscrits du grand poète, des doc­u­ments qui le con­cernaient, des livres qui lui avaient appar­tenu et qu’il avait souvent annotés de la plus sav­ante façon » (Jovy, 1932, p. 558). Suite à la mort de son fils en 1755, Louis Racine organ­isa une vente de sa bib­lio­thèque qui regroupait les ouv­rages ayant appar­tenu à l’un ou plusieurs des trois Racine (Jean, Jean-Bap­tiste et Louis). Une partie de ces livres furent rachet­és par Le Franc de Pom­pig­nan (1709−1784), ami de Louis Racine, qui en fit don à la ville de Toulouse : « Le Franc de Pom­pig­nan recueil­lit une partie des livres de son ami, et il en dis­posa plus tard en faveur de la bib­lio­thèque de Toulouse qui était presque sa patrie » (La Roque, Poésies de Louis Racine, Par­is, 1892, p. 53). On con­serve à Toulouse, BM, Fonds Racine 34, un exem­plaire de La Reli­gion de Louis Racine (1756), avec un ex-dono de l’auteur Louis Racine à son ami Lefranc de Pom­pig­nan [N.B. cette main nous semble la même main que l’un des annotateurs dans Toulouse, BM, Fonds Racine 31 ; c’est une main dis­tincte de celle qui annote le présent Aris­to­phane]. Louis Racine avait au préal­able don­né un cer­tain nombre de livres du grand Racine à la Bib­lio­thèque du Roi. Le cata­logue des ventes des livres de Louis Racine sont con­ser­vés à la BnF, Réserve, RES P-Q-340 [Vente 1755] ; RES P-Q-337 [Vente 1756] et RES P-Q-336 [Vente 1759]. On con­sul­tera aus­si Notice des prin­ci­paux art­icles des livres du cab­in­et de feu Louis Racine (1794 ; exem­plaire Par­is, BnF, Réserve, RES P-Q-338).

Une grande partie des ouv­rages ayant été rachet­és par Lefranc de Pom­pig­nan ont été légués à la Bib­lio­thèque muni­cip­ale de Toulouse. Ces livres ont fait l’objet de premières études et iden­ti­fic­a­tions. Cer­tains ouv­rages sont con­sidér­able­ment annotés. Une étude plus poussée des ex-lib­ris et annota­tions s’impose, mais il con­vi­ent de sig­naler cer­tains points en rap­port avec le présent exem­plaire annoté des œuvres d’Aristophane.

De la main de Racine père, on sig­nalera les notes manuscrites trouvées dans Toulouse, BM, Fonds Racine 30, Cicéron, Epis­tolar­um ad famil­i­ares… (Ams­ter­dam, 1649) ; Toulouse, BM, Fonds Racine 32, Jean Racine, Esth­er (Par­is, 1689). Cette main n’est pas celle qui annote le présent exemplaire.

De la main qui copie les notes com­prises dans cet exem­plaire d’Aristophane (Par­is, 1540 – 1559), attribu­ables à Jean-Bap­tiste Racine on sig­nalera :

- Toulouse, BM, Fonds Racine 29, Long­in, Traité du Sub­lime (Par­is, 1694).

- Toulouse, BM, Fonds Racine 31, Catulle, Tibulle et Pro­perce (Ven­ise, Alde, 1502) [une des mains, celle que l’on trouve sig. A i ; sig. B i (Jean-Bap­tiste Racine); à dis­tinguer de celle que l’on trouve sig. A ii (Louis Racine ?)].

PROVEN­ANCE

  1. Au titre on trouve à l’encre brune la sig­na­ture « Racine ». Sa présence a fait dire à cer­tains bib­li­o­graphes que le livre avait un temps fig­uré dans la bib­lio­thèque de Jean Racine (1639−1699) et com­port­erait qui plus est des notes auto­graphes du dram­at­urge. Toute­fois il con­vi­ent de dis­tinguer deux mains, celle de l’ex-libris et celle des annota­tions. Celle des annota­tions ne peut être celle de Jean Racine, dont on con­nait des exem­plaires annotés de sa main (Toulouse, BM, Fonds Racine 30 ; Toulouse, BM, Fonds Racine 32). La sig­na­ture au titre « Racine » est la même qui fig­ure au titre de Per­kins et Roberti, Clav­is homer­ica sive lex­icon… (Rot­ter­dam, 1655) [Christie’s, 20 novembre 2018, lot 35 : « Exem­plaire de Racine avec sa sig­na­ture auto­graphe au bas de la page de titre… Cet exem­plaire, qui porte la sig­na­ture de Racine sur sa page de titre, n’est pas men­tion­né dans l’inventaire des biens réal­isé le 14 mai 1699, ce qui n’a rien de sur­pren­ant puisque l’écrasante major­ité des ouv­rages n’y étaient pas cités indi­vidu­elle­ment mais réunis en lots décrits par le titre d’un seul livre » [P. Bon­nefon, « La Bib­lio­thèque de Racine », in Revue d’histoire lit­téraire de la France, V, 1898, pp. 169 – 219].

La même sig­na­ture « Racine » se trouve au titre de l’ouvrage con­ser­vé à Toulouse, BM, Fonds Racine 40 : Duport, James. Homeri…Gnomologia…, Cam­bridge, 1660.

Cela porte à au moins trois exem­plaires avec cette même sig­na­ture. Pour Paule Koch (1975), l’Aristophane ne peut pas avoir appar­tenu à Jean Racine. Faut-il y voir la sig­na­ture de Jean-Bap­tiste Racine ?

  1. Notes d’une même main régulière et érudite : Jean-Bap­tiste Racine, fils aîné de Jean Racine.

Le type de notes est à rap­procher d’un ensemble de livres décrits dans un cata­logue de vente de 1834, hérités par Anne Racine, fille de Louis Racine (1692−1763) et petite-fille du dram­at­urge : Cata­logue des livres manuscrits et imprimés de la bib­lio­thèque de M. J. L. D., Par­is, Mer­lin, 1834, no. 1952 – « Livres signés ou annotés par Jean Racine et par ses deux fils Jean-Bap­tiste et Louis Racine ». La notice con­sac­rée à l’item no. 6 de cet ensemble décrit un Homère (Bâle, 1561) : « Exem­plaire dont toutes les marges sont couvertes de notes philo­lo­giques, tant grecques que lat­ines et françaises, de la main de J.-B. Racine. Ces notes qui décèlent une vaste éru­di­tion et un goût éclairé, doivent faire regret­ter que l’auteur n’ait rien pub­lié. Mais on a su, par mademois­elle Des­rad­rets, dans la suc­ces­sion de laquelle se sont trouvés les livres présentés ici, que peu jaloux de la gloire lit­téraire, son oncle était dans l’usage de brûler, le samedi, ce qu’il avait com­posé dans la semaine. Cette demois­elle elle-même n’était pas tout à fait étrangère à la lit­térat­ure, bien que la sévérité de ses prin­cipes l’ait portée à mutiler le manuscrit de J.-B., com­posant l’article suivant ». Mme Des­rad­rets, épouse de Louis Grégoire Mir­leau de Neuville de Saint Héry, est née Anne Racine. Celle-ci habi­tait le château des Rad­rets (Sar­gé-sur-Braye). Elle était la petite-fille de Jean Racine, la fille de Louis Racine, fils cadet du dram­at­urge, et la nièce de Jean-Bap­tiste Racine. Les livres ven­dus en 1834 peuvent être un reliquat d’invendus des autres ventes tenues en 1755, 1756 et 1759.

Il a été souligné par R. Rosen­stein la dette de Racine père envers Aris­to­phane et en par­ticuli­er sa pièce Les guêpes. Dans sa pré­face aux Plaideurs, Racine évoque Aris­to­phane et Rosen­stein parle d’un Aris­to­phane « de 1540 » avec un ex-lib­ris de Racine et des notes de son fils aîné : « Et si Racine lui-même ne soulig­nait pas sa dette envers Aris­to­phane, le saur­ait-on autre­ment ? Il se trouve en effet que Racine lui aus­si avait son exem­plaire d’Aristophane grec, car en 1668 il n’y avait tou­jours pas d’intégrale d’Aristophane en français. Cet autre pré­cieux exem­plaire est égale­ment con­ser­vé, doté lui aus­si d’un ex-lib­ris, celui de Racine, et de copieuses annota­tions de son fils aîné (Bru­net I : 452). Quelle était cette édi­tion d’Aristophane que le dram­at­urge con­ser­vait dans sa bib­lio­thèque ? Il s’agit de la première édi­tion par­is­i­enne des onze pièces, chez Chré­tien Wechel, « rue Saint-Jacques, a l’escu de Bale » datée de 1540… » (R. Rosen­stein, « Aris­to­phanes le quint­es­sen­tial et Rabelais », in Etudes rabelais­i­ennes. Tome XL. Le Cin­quiesme livre : act­es du col­loque inter­na­tion­al de Rome (16−19 octobre 1998), Genève, 2001, p. 351). Nul doute qu’il s’agit du présent exem­plaire qui com­porte 11 pièces, une sig­na­ture « Racine » au titre et des notes d’une autre main. Rosen­stein (en suivant Bru­net) donne la sig­na­ture à Racine père, et les notes à Jean-Bap­tiste Racine. 

Un exa­men sys­tématique de tous les ouv­rages signés Racine au titre per­mettra cer­taine­ment de dis­tinguer la sig­na­ture de Jean Racine de celle de son fils aîné Jean-Bap­tiste, et sans doute de revenir sur cer­taines iden­ti­fic­a­tions erronées. Toute­fois, il est con­nu, d’après les dires de Mesnard, que Jean-Bap­tiste Racine annota les livres de son père, en lat­in et en grec (voir Truc, p. 13).

  1. Cata­logue de la bib­lio­thèque de feu MM. Lorry, dont la vente se fera le jeudi 15 décembre 1791, & jours suivans, en leur mais­on, rue des Poitev­ins, N°3, A Par­is, Chez J. G. Mérig­ot jeune, lib­raire sur le quai des Augustins, n°38. M. Genet, huis­si­er-priseur, rue S. André-des-Arcs, n° 37, 1791.
  2. Col­lec­tion de N. Sin­son. Voir Cata­logue des livres de la bib­lio­thèque de feu M. Sin­son dont la vente com­men­cera le 15 décembre 1813, en sa mais­on, rue du Bac n ° 12. Par­is, 1813, no. 2564 : « Aris­to­phanis Comoedi­ae unde­cim, gr. Par­isiis, 1557, in-4, v. br., signé Racine, et avec des notes mar­ginales de la main de ce poète. In eodem volu­mine Nic­andri Theri­aca, Par­isiis, 1557 ». Vendu 300 d’après un exem­plaire annoté du cata­logue de vente (Par­is, BnF, Delta 7692).
  3. Vign­ette ex-lib­ris Augustin-Ant­oine Ren­ou­ard (1765−1853), indus­tri­el et lib­raire français, contre­collée au verso de la première garde : « Bib­lio­thèque A. A. Ren­ou­ard ». Notice extraite du cata­logue de la bib­lio­thèque Ren­ou­ard (Cata­logue de la bib­lio­thèque d’un ama­teur: avec notes bib­li­o­graph­iques, cri­tiques et lit­téraires, 1819, tome II, p. 213) collée sous l’ex-libris : « […] Avec notes de la main de J. Racine sur toutes les marges de Plu­tus, sur la plus grande partie de la pièce des Nuées, et sur dix feuil­lets de Eccle­s­iszuz­ae [sic]. Cet exem­plaire fut vendu 31. 12 s. chez M. Lorry, en 1791, en présence de beau­c­oup d’amateurs et de lib­raires. N. Sin­son l’acheta comme livre avar­ié, dont les notes manuscrites avoi­ent détru­it la valeur ; mais le len­de­main mat­in il con­nut l’importance de son acquis­i­tion, et aucune offre ne put le déter­miner à se séparer de cet intéress­ant volume ; je l’ai acquis à sa vente après sa mort en 1815 ».

L’exemplaire s’est vendu 425 fr. en 1853 lors de la dis­per­sion de la bib­lio­thèque : Cata­logue d’une pré­cieuse col­lec­tion de livres, manuscrits,… com­posant actuelle­ment la bib­lio­thèque de M. A. A. R. [Ren­ou­ard], J. Ren­ou­ard (Par­is), 1853, no. 1048 : « Avec la sig­na­ture de J. Racine sur le titre, et de nom­breuses notes de sa main. Elles sont de la belle écrit­ure du temps de sa jeun­esse ». On sig­nalera que le même cata­logue décrit un Sophocles : « Avec de très nom­breuses notes manuscrites de la main de J. Racine » (no. 1053).

  1. Ex-lib­ris Michel Chasles (1793−1880) contre­collé sur la contregarde supérieure : « Ex bib­lio­theca Michael­is Chasles Acad. Scientiar[um] Socii ». Célèbre math­ématicien, Michel Chasles fut aus­si un bib­li­o­phile pas­sion­né dont on con­nait l’attrait pour les auto­graphes, vic­time de l’escroquerie de Vrain-Lucas (1816−1881), mais aus­si col­lec­tion­neur de livres pour la plu­part décrits et ven­dus dans la vente de 1881 (Cata­logue de la bib­lio­thèque sci­en­ti­fique, his­torique et lit­téraire de feu M. Michel Chasles, Sup­plé­ment. Par­is, A. Claud­in, 1881, p. 395, no. 3940 : « Exem­plaire port­ant sur le titre la sig­na­ture de J. Racine et de nom­breuses annota­tions de sa main. Toutes les marges du Plu­tus, la plus grande partie des Nuées, sont couvertes d’annotations. Elles sont de la belle écrit­ure du temps de la jeun­esse de Racine. Ce volume provi­ent de la col­lec­tion Renouard »).
  2. Une note sur un papi­er volant indique : « A la vente Ren­ou­ard, l’Aristophane en ques­tion s’ét[ait] vendu 425 £, sans les frais ; mais comme vous le présum­iez la grande chaleur qu’il fait vous a porté chance » [signé] Emil (?). Il peut s’agit d’une note à l’attention de Michel Chasles. Peut-être s’agit-il d’Emile Chasles (1827−1908), journ­al­iste et pro­fes­seur, fils de Phil­arète Chasles (1798−1873), pro­fes­seur au Collège de France et con­ser­vateur à la Bib­lio­thèque Mazarine.

Carte pro­fes­sion­nelle de Paul de Buy­er (né en 1983), présid­ent dir­ec­teur général des usines Chaus­son, puis plus tard P.D.G. de la C.G.E.

Bib­li­o­graph­ie

Bal­mas, Enea. « L’inventario della bib­li­oteca di Racine », in Annali della Facoltà di Eco­nomia e Com­mer­cio in Ver­ona, Vérone, 1965, série I, vol. I, pp. 411 – 472.

Bastin-Ham­mou, Malika. « Anne Daci­er et les premières tra­duc­tions françaises d’Aristophane : l’invention du méti­er de femme philo­logue », in Lit­térat­ures classiques 20102 (no. 2), pp. 85 – 99.

Bon­nefon, Paul. « La bib­lio­thèque de Racine », in Revue d’histoire lit­téraire de la France, 1898, pp. 169 – 219.

Giraudoux, Jean. Jean-Bap­tiste Racine, une vie cornéli­enne, Par­is, 1991.

Grouchy, E.-H. de. « Doc­u­ments inédits relatifs à Jean Racine et sa famille », in Bul­let­in du bib­li­o­phile, 1892, pp. 393 – 424.

Jovy, Ern­est. « La bib­lio­thèque des Racine, Jean, Jean-Bap­tiste et Louis Racine », in Bul­let­in du bib­li­o­phile et du bib­lio­thé­caire, 1932, nou­velle série (onzième année), pp. 556 – 564.

Koch, Paule. « Sur quelques livres de la bib­lio­thèque de Racine », in Revue d’histoire lit­téraire de la France, 75e année, no. 4 (juil­let-août 1975), pp. 608 – 610.

La Roque, Adrien de. Vie de Louis Racine, Par­is, Firm­in-Didot, 1852.

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[Vente]. [Racine, Louis (Col­lec­tion)]. Cata­logue des livres de feu Mon­sieur R*** dont la vente sera indiquée par affiches, Par­is, G. Mar­tin, 7 août 1755.