Privilèges accordés par Frédéric II Empereur renouvelés pour l’abbaye de Pomposa

[CHARTE]. [ITALIE]. [ABBAYE SANTA MARIA DE POMPOSA (CODIGORO)]

Copie figurée et vidimus du privilège accordé à l’Abbaye Santa Maria de Pomposa le 19 octobre 1220 par Frédéric de Hohenstaufen, avec son monogramme, transcrit le 11 mai 1306 par le notaire Tommasino de Parpha (de Ferrare).

En latin, copie figurée (?), acte sur parchemin

Italie, Ferrare (Emilie-Romagne), 11 mai 1306 (copie et vidimus d’un acte daté de 1220)

Grande pièce de parchemin, écriture livresque (justification : 615 × 430 mm), sans réglure apparente, repli de 31 mm., deux trous pour la cordelette, grand sceau de cire rouge (fragment) pendant sur cordelette. Dimensions : 730 × 470 mm.

English abstract

[CHARTER]. [ITALY]. [ABBEY SANTA MARIA DE POMPOSA (CODIGORO)].

Figured copy and vidimus of the privilege granted to the Abbey Santa Maria of Pomposa on October 19th 1220 by Frederick of Hohenstaufen, with his monogram, transcribed on May 11th 1306 by the notary Tommasino de Parpha (of Ferrara).

In Latin, Italy, Ferrara (Emilia-Romagna), May 11th 1306 (copy and vidimus of an act dated 1220).

 

Back comments: "Federicus imperator 2us. 1220”; "Privilegium confirmationis frederici secundi anni 1220"; "Federicus secundus. 1220 "; isolated digit "26".

Large piece of parchment, bookish writing (justification: 615 × 430 mm), without visible ruling, fold of 31 mm., two holes for the cord, large seal of red wax (fragment) hanging on cord. Dimensions: 730 × 470 mm.

 

For the time being, we could not trace the original of this privilege granted in 1220.

Precious text of an imperial privilege, in a figurative copy made less than a century after the original which seems lost today, exactly reproducing the writing of the imperial chancellerie of the thirteenth century and the signum of Frederick II. The act is “vidimé” - copy certified true to the original - by Pietro Mancinelli, bishop of Comacchio (Order of the Friars Preachers, elected bishop in 1304 and died around 1327) and subscribed by the notary and two witnesses. Pietro Macinelli attests in Latin that he had in hand the privilege dated 1220 which he guarantees the authenticity and meticulously describes the imperial seal.

A seal hanging on a cord (bishop of Comacchio?) authenticates the copy of this privilege granted by Frederick II to the Abbey of Pomposa from its election in 1220. This text defines, among other things, the boundaries of the Abbey territory extending to the Adriatic between the rivers Po and Goro; the authorization of the monks not to appear at the trial or to take an oath; and determines the powers of the abbot (no arrest can be made without the permission of the authorities of the abbey, the monks are allowed to buy properties located in their territory, etc.). Frederick II also donated to the abbot, and his successors, the church of St. Mary and all the powers and rights related to it, both judicial and economic.

Pomposa Abbey is a Benedictine abbey founded in the 9th century, located in the municipality of Codigoro, in the province of Ferrara, Emilia-Romagna. It is one of the largest and most beautiful in northern Italy. Consecrated in 1026, it has a great influence in the  Middle Ages as a musical focus (Guido d’Arezzo was its most famous resident). Its richness and importance come in particular from its status as a major stage for pilgrims on their way to Rome.

The copy was established in a period of political uncertainty at the request of monks Gerard and Henry, abbot of the monastery of Pomposa ("subscriptionem fecimus adinstantiam and petitionem dompni Gerardi monachi ponposiani nomine venerandi patris domini Henrici dei gratia sui abbatis …"). In 1306, Pope Clement V had transferred his seat to Avignon; the abbey probably felt the need to keep in its archives documents authenticated by notary, certifying its jurisdiction and the privileges previously granted by the emperors Othon IV and Frederick II.

Men­tions dor­sales: “Fed­eri­cus imper­at­or 2us. 1220»; « Priv­ile­gi­um con­firm­a­tionis fre­der­ici secundi anni 1220 »; « Fed­eri­cus secundus. 1220 »; chif­fre isolé « 26 ».

Pour l’heure, nous n’avons pu ret­rouver trace de l’original de ce priv­ilège accordé en 1220. 

Pré­cieux texte d’un priv­ilège impéri­al, dans une copie fig­urée faite moins d’un siècle après l’original qui semble aujourd’hui perdu, repren­ant exacte­ment l’écriture de la chan­celler­ie impériale du XIIIe siècle et le signum de Frédéric II. L’acte est vidimé par Pietro Man­cinelli, évêque de Comac­chio (Ordre des Frères Prêch­eurs ; élu évêque en 1304 et mort vers 1327) et souscrit par le notaire et deux témoins. Pietro Macinelli, évêque de Comac­chio, atteste en lat­in avoir eu en main le priv­ilège daté de 1220 dont il garantit l’authenticité et décrit minu­tieuse­ment le sceau impérial :

« Nos frater Pet­rus dei gra­tia epis­copus Comaclen­sis vidimus priv­ile­gi­um auctenticum presentis tran­scripti sive sumpti, sigil­latum sigillo pen­denti cereo in quo in medio ipsi­us ymago quedam imper­at­or­is ten­ens in una manu ad mod­um sceptri et in altera quod­dam rotun­dum pomi, in cir­cum­fer­en­tia vero sigilli erant littere huius con­tin­en­tie Frideri­cus dei gra­tia Romanor­um rex sem­per augus­tus et rex Sicilie […] »

Nous, frère Pierre, évêque de Comac­chio par la grâce de Dieu, avons vu le priv­ilège authen­tique duquel la présente tran­scrip­tion a été tirée, com­plet de son sceau de cire pendant, dont le milieu présente l’empreinte d’une image de l’empereur ten­ant dans une main un sceptre et dans l’autre une pomme ronde, et autour du sceau se trouvent les mots suivants Frédéric roi des Romains et roi de Sicile […]

Une copie fig­urée est une copie entière­ment con­forme à l’original, non seule­ment pour la sub­stance et ten­eur de l’acte, mais aus­si pour la forme et les cara­ctères externes. Un vidimus (du lat­in vidimus, « nous avons vu [l’acte à cer­ti­fi­er] ») est la copie cer­ti­fiée d’un acte antérieur. On dit que l’acte est vidimé. On trouve fréquem­ment des act­es vidimés dans les con­firm­a­tions établies à l’avènement d’un nou­veau sei­gneur ou souverain, de tels act­es con­tiennent souvent des vidimus imbriqués les uns dans les autres, auquel cas on parle par­fois de vidimus de vidimus.

L’abbaye de Pom­posa est une abbaye béné­dict­ine, fondée au IXe siècle, située sur le ter­ritoire de la com­mune de Codig­oro, dans la province de Fer­rare, en Emilie-Romagne. C’est l’une des plus import­antes et des plus belles du nord de l’Italie. Elle est bâtie dans le style roman. Con­sac­rée en 1026, elle con­nait un grand ray­on­nement au Moy­en Âge en tant que foy­er music­al et Guido d’Arezzo en fut son résid­ent le plus illustre. Sa richesse et son import­ance provi­ennent not­am­ment de son stat­ut d’étape majeure pour les pèler­ins en route pour Rome. L’église con­tient des fresques import­antes par un artiste de l’école de Giotto. Si l’abbaye est parv­en­ue dans un tel état de con­ser­va­tion, c’est qu’elle fut très tôt aban­don­née et fer­mée au XVIIe siècle, men­acée par les crues et les rup­tures de digue du Pô.
Il ne reste aujourd’hui de cette abbaye, qui fut un vérit­able phare de la cul­ture, que la très belle église avec son clocher, et quelques bâti­ments dont l’ancien dor­toir du mon­astère, trans­formé en musée.


Un sceau pendant sur cor­delette (évêque de Comac­chio ?) authen­ti­fie la copie de ce priv­ilège con­cédé par Frédéric II à l’Abbaye de Pom­posa dès son élec­tion en 1220. Ce texte défin­it, entre autres, les lim­ites du ter­ritoire de l’Abbaye s’étendant jusqu’à l’Adriatique entre les cours d’eau du Pô et du Goro, l’autorisation des moines à ne pas com­paraître aux procès ou à y prêter ser­ment, déter­mine les pouvoirs de l’abbé (aucune arresta­tion ne pourra être faite sans la per­mis­sion des autor­ités de l’abbaye, les moines sont autor­isés à achet­er des biens situés dans leur ter­ritoire, etc.). Frédéric II fait en outre don à l’abbé, et à ses suc­ces­seurs, de l’église de Sainte-Mar­ie et de tous les pouvoirs et droits qui y sont liés, tant judi­ci­aires qu’économiques, etc.

La copie fut établie dans une péri­ode d’incertitudes poli­tiques sur demande du moine Gérard et d’Henri, abbé du mon­astère de Pom­posa (« sub­scriptionem fecimus ad instan­tiam et petitionem dompni Ger­ardi mon­a­chi pon­po­siani nom­ine ven­erandi pat­ris domini Hen­rici dei gra­tia sui abbatis… »). En 1306, en effet, le pape Clé­ment V avait trans­féré son siège en Avign­on, y cent­ral­is­ant fonc­tions et pouvoirs pon­ti­fi­caux, dont la ges­tion des priv­ilèges ; l’abbaye res­sen­tait sans doute le besoin de con­serv­er dans ses archives des doc­u­ments authen­ti­fiés par notaire, cer­ti­fi­ant ses ter­ritoires de com­pétence ain­si que les priv­ilèges qui lui furent précé­dem­ment con­cédés par les empereurs Oth­on IV puis Frédéric II.

Bib­li­o­graph­ie : Sur l’abbaye Santa Maria di Pom­posa : Samar­it­ani, A., Presenza mon­ast­ica ed eccle­siale di Pom­posa nell’Italia centrosettentri­onale, secoli X-XIV, Fer­rara, 1996. – Mac­Gregor, A. P., L’Abbazia di Pom­posa, centro ori­gin­ario della trad­iz­iona “E” delle tra­gedie di Seneca , Firen­ze, 1983. – Bil­lan­ovich, G. ed., Pom­po­sia mon­as­teri­um modo in Italia prim­um : la bib­li­oteca di Pom­posa, Padova, 1994. – Salmi, M., L’Abbazia di Pom­posa, Roma, 1936. – [Expos­i­tion]. Libri mano­scritti e a stampa da Pom­posa all’umanesimo, Fer­rara, Casa Romei, 24 giugno-15 ottobre 1982, Venezia, 1982. – Sur Frédéric de Hohen­staufen : Abu­lafia, D. Fre­d­er­ick II, a Medi­ev­al Emper­or, Lon­don, 1988. – [Col­loque]. Frédéric II de Hohen­staufen, 1194 – 1250 : de la Sicile à l’Alsace [Kaysers­berg, 18 – 19 novembre 2009], ed. Fou­ad Alzouheir, Zin­swiller, 2010. – Benoist-Méchin, J. Frédéric de Hohen­staufen ou le rêve excom­munié : 1194 – 1250, Par­is, 1983. – [Col­loque]. Intel­lec­tu­al life at the Court of Fre­d­er­ick II Hohen­staufen [Wash­ing­ton, D.C., 18 – 20 Janu­ary 1990], Wash­ing­ton, 1994.