Correspondance de la mère de Georges d’Anthès, « assassin » de Pouchkine

[HATZFELD (Marie-Anne-Louis-Nanine de)]

Lettres de Mademoiselle la Comtesse Marie-Anne-Louis-Nanine de Hatzfeld (plus tard baronne d’Anthès) à Joseph-Conrad d’Anthès, seigneur de Blotzheim

En français et en allemand, lettres sur papier

Alsace et Allemagne, lettres originales datées 1804 à 1806, notes rajoutées au XXe siècle en début et fin de volume

1 page de titre, 2 pages blanches in-folio, 32 lettres in-4, et 32 pages in-folio, lettres montées sur onglets. Reliure de demi-maroquin brun rouge à grain long et à coins pastiche, dos à nerfs à caissons encadrés de sept filets dorés. Dimensions : 272 × 213 mm.

English abstract

[HATZFELD (Marie-Anne-Louis-Nanine de)]
Letters from Mademoiselle la Comtesse Marie-Anne-Louis-Nanine de Hatzfeld (later Baroness of Anthès) to Joseph-Conrad d’Anthès, Lord of Blotzheim.

Alsace and Germany, letters dated 1804 to 1806, notes added in the 20th century at the beginning and end of the volume.

In French and German, letters on paper, bound.
Dimensions: 272 × 213 mm.


The Countess Marie-Anne-Louise-Nanine de Hatzfeld (1784-1832) was incarcerated with her parents during the Revolution. She met Joseph-Conrad de Blotzheim (1773-1852), baron of Anthès, at the age of 20, with the baron of Waldner de Freudstein, his stepfather. This correspondence addressed Nanine de Hatzfeld provides precious information on the princely uses of the court of Berlin at the beginning of the 19th century. During her engagement, the Countess de Hatzfeld, not yet Baroness of Anthès, made a young girl’s trip to Germany, before her life as a married woman. The dating and location of the letters allow us to follow the itinerary of the Countess during her German stay and her coming of age.

La comtesse Mar­ie-Anne-Louise-Nan­ine de Hatzfeld est née à May­ence le 8 juil­let 1794, du comte Lothaire-François-Joseph de Hatzfeld et de la comtesse Frédérique-Car­oline-Louise-Éléonore de Wartensleben. La comtesse con­nut les pris­ons de la Révolu­tion. Arrêtée avec ses par­ents, elle fut incar­cérée tout d’abord dans la cit­adelle de Belfort, puis à la pris­on de l’Abbaye à Paris.

Elle ren­contre Joseph-Con­rad de Blotzheim (1773−1852), bar­on d’Anthès, à 20 ans, chez le bar­on de Wald­ner de Freud­stein, son beau-père. D’abord offi­ci­er au régi­ment roy­al-alle­mand, Joseph-Con­rad bar­on d’Anthès fit partie des con­tin­gents milit­aires, qui sous les ordres de Bouillé tentèrent de favor­iser la fuite du Roi et de sa famille à Var­ennes, ce qui lui vaudra l’exil. Ren­tré en France sous l’Empire, mal­gré son légit­im­isme, il dev­int con­seiller muni­cip­al. Au retour des Bour­bons, l’administration trouva en lui un can­did­at dévoué au trône : il dev­int député du Haut-Rhin, de 1823 à 1829. Il quitta la scène poli­tique lors de l’avènement de la mon­arch­ie de Juillet.

Lors de leurs fiançailles, la comtesse de Hatzfeld séjourne en Alle­magne dur­ant plusieurs mois, de septembre

1805 à juil­let 1806. Elle épouse le comte d’Anthès à Soultz, en Alsace, le 29 septembre 1806. Ce mariage alli­ait les Anthès aux plus grandes familles du Corps ger­ma­nique. L’abbé Sitzmann nous par­lent de la char­ité du bar­on d’Anthès et de celle de sa femme « aus­si belle que bonne » (Bois­geol, R., « Une famille d’Alsace : les d’Anthès », in Bul­let­in du Musée his­torique de Mul­house, 1961, pp. 155). Elle meurt dans cette même ville le 12 octobre 1832.

De ce mariage naquirent six enfants, dont le troisième fut le plus célèbre : Georges-Charles de Heecker­en d’Anthès (1812−1895). Milit­aire et homme poli­tique (il devi­ent sén­ateur sous le Second Empire), il est con­nu pour avoir tué en duel le poète russe Alex­an­dre Pouch­k­ine, son beau-frère, le soir du 27 jan­vi­er 1837. Georges-Charles d’Anthès avait épousé la soeur de Nath­alia Pushk­ina (épouse de Pouch­k­ine), puis avait frois­sé le grand poète en cour­tis­ant ouverte­ment Nathalia.

Cette cor­res­pond­ance adressée par une femme de la haute noblesse germano-alsa­cienne ren­fer­me de nom­breux ren­sei­gne­ments sur les usages prin­ci­ers de la cour de Ber­lin au com­mence­ment du XIXe siècle. Pendant ses fiançailles, la comtesse de Hatzfeld qui n’est pas encore bar­onne d’Anthès, effec­tue un voy­age de jeune fille en Alle­magne, avant sa vie de femme mar­iée. Les data­tion et loc­al­isa­tion des lettres nous per­mettent de suivre l’itinéraire de la comtesse dur­ant son séjour alle­mand : partie de Stras­bourg, elle est à Franc­fort le 25 septembre 1805 ; elle rejoint ensuite Wei­mar début octobre pour enfin s’établir longue­ment à Ber­lin de la mi-octobre à la mi-mai 1806. Elle séjourne de la mi-mai à fin juil­let 1806 à Hanovre.

Les notes et remarques aux dernières pages du recueil ren­sei­gnent le lec­teur quant à la ten­eur de ces lettres, en don­nant de pré­cieuses inform­a­tions, not­am­ment généa­lo­giques, sur les prot­ag­on­istes dont par­lent la comtesse de Hatzfeld au bar­on d’Anthès. En effet, chaque per­sonne citée par la comtesse dans ses lettres est iden­ti­fiée par ce com­mentateur qui a com­pulsé cette cor­res­pond­ance au XXe siècle. Nous pouvons émettre l’hypothèse qu’il s’agit d’un des­cend­ant de la comtesse.

Voir : Bois­geol, R., « Une famille d’Alsace : les d’Anthès », in Bul­let­in du Musée his­torique de Mul­house, 1961, pp. 123 – 170.

Détail des lettres :

L.A.S., Achaf­fen­bourg, 14 juil­let [1804] (3 pp. in-4) : la comtesse d’Hatzfeld évoque ici la grande fatigue qu’elle éprouve du fait des mondan­ités de cour, et annonce au bar­on le décès bru­tal de la comtesse de la Leÿ. D’autre part, fait quelque peu étrange, elle enjoint le bar­on de ne plus lui adress­er de lettres.

L.A.S., Stras­bourg, [19 septembre 1805] (4 pp. in-4) : alors que la comtesse s’apprête à quit­ter Stras­bourg pour l’Allemagne, elle informe le bar­on de sa tristesse à partir, et de son itinéraire pour Ber­lin via Wei­mar. Elle sol­li­cite le bar­on de rest­er dis­cret sur cer­taines con­fid­ences qu’elle lui fait.

L.A.S., Franc­fort, 25 septembre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : la comtesse relate les (més)aventures de son voy­age en dili­gence et ses futures visites.

L.A.S., Wei­mar, 4 octobre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Nan­ine de Hatzfeld dévoile son désarroi face à l’absence de lettres-réponses du bar­on d’Anthès à ses précédentes lettres. Elle exprime égale­ment sa pro­fonde solitude lors de ce tour d’Allemagne, loin de ses proches.

L.A.S., Ber­lin, 18 octobre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : la comtesse relate ses activ­ités tout en réitérant son sen­ti­ment de solitude depuis les cinq jours qu’elle se trouve à Ber­lin et désarroi de ne pas avoir de nou­velles de la part du baron.

L.A.S., Ber­lin, 26 octobre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Nan­ine a enfin reçu une lettre du bar­on d’Anthès. Elle se plaint mal­gré tout de l’absence de date de cette dernière. Elle l’informe des cours d’allemand qu’elle entreprend.

L.A.S., Ber­lin, 2 novembre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Nan­ine évoque le froid gla­cial qui s’abat sur la ville en ce début de novembre.

L.A.S., Ber­lin, 9 novembre [1805] (4 pp. in-4) : la comtesse évoque son goût pro­non­cé pour le gibi­er qu’elle mange avec gour­mand­ise à Ber­lin. Elle parle égale­ment de ses cours de chant auprès d’une can­tatrice, (Joséphine, sa femme de chambre y assist­ant). À la fin de la lettre, Nan­ine se per­met quelques lignes en alle­mand, langue qu’elle apprivoise et qu’elle affec­tionne visiblement.

L.A.S., Ber­lin, 12 novembre [1805] (4 pp. in-4) : la comtesse reçoit des col­is tant atten­dus. Elle plaint le bar­on de devoir rest­er à Soultz tout l’hiver auprès de son oncle.

L.A.S., Ber­lin, 19 novembre [1805] (4 pp. in-4) : Nan­ine reçoit la lettre du bar­on du 27 octobre.

L.A.S., Ber­lin, 7 décembre [1805], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Épidémie de rougeole dans Berlin.

L.A.S., Ber­lin, 21 décembre [1805] (4 pp. in-4) : la moitié de la lettre est rédigée en alle­mand. La famille de Nan­ine (sa tante et ses cous­ins) a attrapé la rougeole, elle reste donc à son chevet.

L.A.S., Ber­lin, 7 jan­vi­er [1806], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Nan­ine évoque le bal de cour auquel elle a assisté en présence du roi et de la reine, et de sa timid­ité lors de son intro­duc­tion. Elle adresse au bar­on ses con­doléances pour le décès du cous­in de ce dernier.

L.A., Ber­lin, 28 jan­vi­er [1806], (4 pp. in-4) : Nan­ine évoque un bal masqué à l’Opéra de Ber­lin, « grande comme celle de Par­is » (évidem­ment elle n’évoque pas l’Opéra Garni­er con­stru­it postérieure­ment). La reine de Prusse, Louise-Auguste-Wil­helmine-Amélie, était en cos­tume de fée ; les prin­cesses et la grande duch­esse, « en vieux por­traits » ; les hommes « en Dom­i­n­os de couleurs ». Cette lettre est très intéress­ante car elle décrit le décor intérieur de l’Opéra de Ber­lin à cette époque. Nan­ine parle égale­ment du mariage de la soeur du bar­on d’Anthès épou­sant le bar­on de Latouche.

L.A.S., Ber­lin, 8 fév­ri­er [1806], (4 pp. in-4) : la comtesse s’étonne d’apprendre du bar­on qu’il n’a pas reçu de nou­velles de sa part depuis un mois. Elle prend d’autre part des cours de gui­tare. Sa lettre se ter­mine par un pas­sage en allemand.

L.A.S, Ber­lin, 15 fév­ri­er [1806], (3 pp. in-4 et envel­oppe au cachet de la famille Hatzfeld) : la comtesse évoque la mal­ad­ie de Joséphine, sa femme de chambre. Elle vit très mal son séjour et souligne qu’elle sera heureuse de quit­ter la société. Évoque des souven­irs avec le bar­on, comme leurs prom­en­ades à cheval.

L.A.S., Ber­lin, 10 mars [1806], (4 pp. in-4) : réponse à la lettre du bar­on d’Anthès du 8 fév­ri­er reçue par la comtesse. Délivre ses pensées quant à cer­tains couples de con­nais­sances. Elle s’excuse de l’indiscrétion dont elle a fait preuve lorsqu’elle lui a demandé de lui faire par­venir de l’étoffe pour con­fec­tion­ner deux robes.

L.A.S., Ber­lin, 29 mars [1806], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : Nan­ine exprime son mécon­tente­ment de ne pas rece­voir de nou­velles du bar­on. Elle émet des cri­tiques envers ses demi-sœurs, not­am­ment Diane, tout en requérant la dis­cré­tion du bar­on quant à celles-ci.

L.A.S., Ber­lin, 5 avril [1806], cachet aux armes de la famille Hatzfeld (3 pp. in-4) : réponse à la lettre du bar­on datée du 10 mars. S’inquiète du mauvais état de santé de l’oncle du bar­on. Elle raconte égale­ment le mes­sage qu’une voy­ante lui a délivré quant à la vis­ite d’un homme dans les semaines à venir. Annonce qu’elle part avec sa tante pour Hanovre.

L.A.S., Ber­lin, 19 avril [1806], (4 pp. in-4) : Nan­ine évoque ici la mort des enfants roy­aux et de l’oncle du roi de Prusse.

L.A.S., Ber­lin, 13 mai [1806], (4 pp. in-4) : réponse à la lettre du bar­on du 22 avril avant le départ pour Hanovre.

L.A.S., Han­ovre, 18 mai [1806], (4 pp. in-4) : arrivée à Han­ovre où elle loge dans le château dont elle décrit l’intérieur.

L.A.S., Han­ovre, 2 juin [1806], (4 pp. in-4) : réponse à la lettre reçue du bar­on datée du 2 mai. Long pas­sage en allemand.

L.A.S., Han­ovre, 9 juin [1806], (4 pp. in-4) : Nan­ine évoque encore la mauvaise santé de l’oncle de Joseph-Con­rad vis­ible­ment mal-aimé. Évoque égale­ment le pro­jet d’acquisition du château d’Ollwiller en Alsace par le baron.

L.A.S., Han­ovre, 23 juin [1806], (4 pp. in-4) : la comtesse y évoque son car­net de route.

L.A.S., Han­ovre, 7 juil­let [1806], (4 pp. in-4) : réponse à la lettre du bar­on datée du 16 juin. Nan­ine conte ses mésaven­tures lors d’un bal. Exprime tou­jours son mal du pays et l’envie de voir l’oncle de Joseph décéder pour ne plus avoir à vivre chez son « bour­réé de beaupere », M. de Waldner.

L.A.S., Han­ovre, 29 juil­let [1806], (4 pp. in-4) : évoque un prêt d’argent entre eux deux et le voy­age épuis­ant qu’elle entreprend.

Deux L.A.S., Oll­willer, s.d. (1 p. in-4 et 1 p. in-4) : Nan­ine regrette la non-vis­ite du bar­on, ce qui ‘’lui prive du plaisir de le voir ».

Trois L.A.S. de Mlle Diane de Wald­ner, Wei­mar, 13, 28 mai et 5 juin 1806 : les deux premières lettres sont adressées au bar­on d’Anthès : elle l’informe des mondan­ités à venir. Diane de Wald­ner, demi-sœur par alli­ance de la comtesse d’Hatzfeld, est dame d’honneur de la Grande Duch­esse, Mar­ie Pavlovna de Russie, et future maîtresse de Jérôme Bona­parte, roi de West­phalie. Dans la lettre en date du 28 [mai 1806], elle parle de la demande en mariage que le comte de Rabe von Pap­pen­heim lui a fait cinq semaines plus tôt et déplore le silence de son père à ce sujet. Dans une dernière lettre adressée un 5 juin à Nan­ine, Diane attend un heureux évènement.