Je sais un bijoutier amoureux des opales.

En vain le tenterait le plus pur diamant,

Il ne cisèlera que la gemme aux feux pâles

Dont l’irisation l’a choisi pour amant.

Robert de Montesquiou, Les Paons.

[JOAILLERIE]. [VAUBOURZEIX Hippolyte ou Georges].

Album de dessins de modèles de montres à gousset, de poudriers, de boîtiers, de chaînes d’homme, de pendants ou pendeloques, de croix, de bagues etc.

France, Paris, vers 1860-1880 (avant 1883)

Fort in-4, 94 planches avec 525 dessins de modèles réalisés avec des encres de couleurs (noir, rouge pâle tirant sur le rose, bleu), parfois avec des rehauts de gouaches ou d’aquarelle, dessins no légendés, mais encadrés d’un filet d’encre, numéro de référence de planche dans le coin gauche supérieur (numérotation discontinue). Reliure de demi-chagrin vert, dos à 5 nerfs, dos muet, plats recouverts de pleine percaline verte, titre doré sur le plat supérieur (supra-libris) : « Vaubourzeix. 13 Galerie Vivienne. Paris » (Coins émoussés, mors supérieur fendu sur 10 cm ; intérieur très frais). Dimensions : 310 × 245 mm.

English abstract

[HAUTE JOAILLERIE]. [VAUBOURZEIX (Hippolyte or Georges)]. Album of drawings of models of pocket watches, powder boxes, watch chains, pendants, crucifixes, rings, etc.
France, Paris, circa 1860-1880 (before 1883)


In-4 format, 94 plates (discontinuous numbering),
525 original colored pen drawings of models (colored inks: black, pale red (almost pink), blue), some  highlighted in gouache or wash, drawings without any explanatory inscriptions, pages lined with frame traced in ink. Half-binding of dark green goatskin, back
sewn on 5 raised bands, boards covered in dark green percaline, gilt title on the upper board (supra-libris): « Vaubourzeix. 13 Galerie Vivienne. Paris » (Corners worn, upper hinge split over 10 cm; drawings and paper in very fresh condition). Articulated preservation box. Dimensions: 310 × 245 mm.


This album contains models offered by the jewellers established under the name Vaubourzeix, whose shop was installed in the Galerie Vivienne for a period of time. The drawings were traced in colored inks, sometimes highlighted in gouache or wash: they are
of the high quality and refinement, attentive to minute decorative details. In 1883, « Vaubourzeix » moved to the rue de la Paix, right next to Jacques Doucet, famous haute-couture designer and collector.

Cet album de mod­èles fut réal­isé pour la mais­on Vau­bourzeix, installée un temps dans la galer­ie Vivi­enne. Il con­tient des dess­ins à la plume – par­fois aquarellés ou rehaussés de gou­ache – d’une fin­esse et d’un souci du détail remarquables et témoigne du goût et de la mode d’une époque où les bijoux étaient portés, mais aus­si fréquem­ment épinglés aux vêtements. 

On trouv­ait au 13, galer­ie Vivi­enne le joail­li­er Jacques Petit (1811−1883). Ancien ouv­ri­er de Picart, Jacques Petit excel­lait dans les « bijoux de fantais­ie », de petite joailler­ie ou d’or, de forme souvent nou­velle et ori­ginale, agré­mentés de pierres tell­es les tur­quoises, les perles ou les diamants. Il com­posa un grand nombre de broches, de brace­lets, de pendants d’oreilles, de boutons de manchettes, de peignes et d’épingles, créant con­tin­uelle­ment des mod­èles dont la nou­veau­té assurait le succès.

Jacques Petit céda sa mais­on on 1859 à son gendre et asso­cié Hip­polyte Vau­bourzeix (1830−1879) qui con­tinua avec suc­cès la fab­ric­a­tion. Son fils, Georges Vau­bourzeix (né en 1860) s’associa à son beau-père Hip­polyte Mar­tel, bijou­ti­er de renom installé au 4 ave de l’Opéra, en 1883 et trans­féra son magas­in au 23 rue de la Paix, la mais­on de haute cou­ture de Jacques Doucet étant sise au 21 rue de la Paix. Par la suite, Georges Vau­bourzeix réunit sa mais­on à celle de Paul Hamelin en 1903 au 19 rue de la Paix, puis la mais­on fut reprise par Berlioz-Leroy.

Le présent recueil porte sur le plat supérieur l’adresse « 13, galer­ie Vivi­enne » ; réal­isé avant le démén­age­ment rue de la Paix, on peut donc le dater d’avant 1883. En 1874, le « Bul­let­in de l’Union cent­rale » annonce la tenue d’un bal organ­isée par la Chambre syn­dicale de la bijouter­ie, dont le présid­ent est Vever et Boucher­on, vice-présid­ent. On pouv­ait se pro­curer les bil­lets « chez Vau­bourzeix, pas­sage Vivi­enne ». C’est Boucher­on qui exposant en 1867, inclut Vau­bourzeix parmi ses proches col­lab­or­at­eurs : « Boucher­on, qui s’est tou­jours entouré des meil­leurs col­lab­or­at­eurs et a su rendre hom­mage à leurs mérites, plaça dans sa vit­rine, sur une plaque de marbre, la liste des prin­ci­paux d’entre eux, pour les asso­ci­er à ses suc­cès […] C’était un beau geste, qui déno­tait une nature fran­che et un esprit généreux […] Voici leurs noms, que nous accom­pagnons de l’indication som­maire de leur spécialité…Vaubourzeix (Bijou­ti­er) » (Vever, 1906 – 1908, vol. II, pp. 295). La mais­on Vau­bourzeix fait partie des mais­ons de haute-joailler­ie qui fournirent des pièces pour une vente aux enchères au profit des éprouvés de la guerre (Par­is, Vente 25 et 26 juin 1917), aux côtés des mais­ons pres­ti­gieuses que sont les Boucher­on, Mel­lerio, Mauboussin, Van Cleef et Arpels, Carti­er, Fontana, comme en atteste le lot 895 : « Porte-alu­mettes en argent ciselé. Don de la mais­on Vaubourzeix ».

De toute évid­ence, Vau­bourzeix père et fils (et leur prédé­ces­seur Jacques Petit) con­nais­sait les mod­èles des XVIe et XVIIe siècles, qu’ils repren­aient en les adaptant au goût du jour : « L’artiste, comme Vau­bourzeix, qui a étudié con­scien­cieuse­ment l’époque de la Renais­sance, et a ren­ou­velé, en plein dix-neuvième siècle, les prodiges de Benven­uto Cel­lini, n’est pas un exposant ordin­aire. Voyez sa vit­rine… » (Le Joail­li­er. Bul­let­in men­suel…, 1875 (no. 23)). Les croix con­stitu­ent l’essentiel du cata­logue, avec des mod­èles tous différents, tous ori­gin­aux. On sig­nalera les planches avec des mod­èles rehaussés de gou­ache, en par­ticuli­er celle où le joail­li­er a serti une croix chré­tienne à un sym­bole claire­ment maçon­nique. Les détails fois­onnent. Nous avons relevé trois bagues port­ant les lettres « MIZPAH », mot hébreu qui sym­bol­ise l’union ou le lien entre deux peuples ou deux per­sonnes (Génèse 31: 49).

Bib­li­o­graph­ie : Vever, Henri. La bijouter­ie française au XIXe siècle (1800−1900). II. La seconde Répub­lique ; III. La troisième Répub­lique, Par­is, 1906 – 1908.