Livre d’heures (Lyon)

Usage de Besançon [Heures de la Vierge] ; Usage de Lyon [Office des morts])

Avec 2 grandes miniatures par le « Grey Faces Painter » ; 6 grandes miniatures par le Maître de Guillaume Lambert, 5 grandes miniatures par le Maître de Keble 7, petites miniatures et 3 initiales historiées par un artiste lyonnais (de l’entourage du Maître de Guillaume Lambert ?)

En latin et en français, manuscrit enluminé sur parchemin

France, Lyon, vers 1490-1500

Avec 13 grandes miniatures, 11 petites miniatures et 3 initiales historiées

188 ff., manque a priori 16 ou 18 ff., lacunaire de la fin mais sans doute seulement de quelques feuillets [collation : i6, ii5 (6-1, manque ii [mois d’août], iii8, iv8 (10-2, manque iii et viii), v-xi8, xii4 (8-4, manque iii, iv, v, vi), xiii7 (8-1, manque i, début des Psaumes de la Pénitence), xiv-xv8, xvi7 (8-1, manque v), xvii6, xviii-xxi8, xxii7 (8-1, manque i), xxiii-xxv8, xxvi3 (de 8 ? de 6 ? manque la fin du manuscrit, sans doute quelques suffrages)], écriture bâtarde à l’encre brune (de la main du copiste Guillaume Lambert ?), parchemin réglé à l’encre rouge pâle (justification : 40 × 70 mm), quelques réclames, rubriques à l’encre rouge pâle, initiales ornées à l’or sur fonds bleu ou rouge foncé (de 1- à 5-lignes de hauteur), les mêmes au calendrier, avec 3 initiales historiées (ff. 147, 162, 170), peintes en rouge avec rehauts dorés sur fonds bleu avec décor doré, 11 petites miniatures, 13 grandes peintures avec encadrements de baguettes dorées [quelques décharges au niveau des initiales ornées (en particulier au calendrier) ; quelques frottements à la robe bleue de la Vierge (grande Annonciation, fol. 22) ; petit manque de peinture au visage de la Vierge de la Nativité (fol. 44) ; frottements à l’initiale historiée (petite Annonciation, fol. 170)], on notera qu’il était certainement prévu des inscriptions en capitales sur les encadrements des grandes peintures : celles-ci sont restées non réalisées, le texte au dos en fait foi car il manque par exemple les premiers mots attendus « Deus in adiutorium » pour se raccrocher au verso à « … meum intende… » (fol. 52-52v).

Reliure de plein maroquin noir, dos à 5 nerfs, roulette dorée sur les nerfs, filets dorés dans les entre-nerfs, simple filet doré en encadrement sur les plats, roulettes sur les coupes, tranches dorées, gardes de papier marbré tourniqué (quelques épidermures, coins émoussés ; frottements aux mors). Dimensions du manuscrit : 86 × 125 mm. ; dimensions de la reliure : 90 × 130 mm.

Ce manuscrit est recensé, mais non étudié, par E. Bur­in (n. 13, pp. 75 – 76), indiqué « Unknown Private Col­lect­or ». Avril, puis Bur­in, en ont eu con­nais­sance par un cata­logue de vente (Par­is, Drouot, 23 mars 1936, lot 4). Le manuscrit est cité dans Avril et Reynaud, 1993, dans la notice no. 201 con­sac­rée à des Heures à l’usage de Rome, Par­is, BnF, NAL 3117 (Avril et Reynaud, 1993, p. 361).

Il présente des grandes mini­atures par trois mains dis­tinct­es, qui ont col­laboré dans d’autres manuscrits peints à Lyon, offrant des élé­ments sup­plé­mentaires sur les col­lab­or­a­tions entre ateliers autour de l’atelier floris­sant dit de Guil­laume Lam­bert. Le premi­er artiste, mal con­nu, iden­ti­fié comme le « Grey Faces Paint­er » mérite une étude plus poussée ; le troisième artiste (Maître de Keble Col­lege 7) est tout à fait éton­nant, avec des vis­ages d’une grande expressiv­ité qui frôlent la cari­ca­ture. Il offre de sur­croît des textes para-litur­giques, témoins de pratiques de dévo­tion avec le recours aux amu­lettes et prières portées à même le corps des fidèles. Ces textes mérit­ent une édition.

Con­traire­ment à ce qui a pu être dit, l’usage litur­gique des Heures de la Vierge n’est pas celui de Lyon mais celui proche de Bes­ançon. L’usage litur­gique de l’Office des morts est cepend­ant bien celui de Lyon.

PROVEN­ANCE

  1. Manuscrit cop­ié et peint à Lyon, d’après des élé­ments litur­giques (Office des morts à l’usage de Lyon) et styl­istiques (mini­atures attribu­ables à des ateliers lyo­n­nais). Toute­fois, il con­vi­ent de soulign­er que l’usage des Heures de la Vierge cor­res­pond à celui de Bes­ançon, dio­cèse joux­tant celui de Lyon, et donc sans doute con­çu pour un fidèle entre les deux dio­cèses. Le calendrier suit bien celui dit « uni­versel » mais on relève des saints lyo­n­nais (par exemple, deux fois saint Just, la basil­ique de Saint-Just ; l’importance accordée à saint Jean, la prima­tiale de Lyon était dédiée à saint Jean : toute­fois soulignons que la cathéd­rale de Bes­ançon est dédiée à saint Jean). D’autres saints sont effect­ive­ment franc-comtois tels Claude ou Ferréol.
  2. Ce manuscrit fut décrit et vendu en 1936 : Manuscrits anciens à Mini­atures… des XIVe, XVe et XVIe siècles proven­ant de la bib­lio­thèque de M. F*** [Vente Hôtel Drouot, 23 mars 1936], lot 4. Il est recensé par E. Bur­in (2001), no. 13, pp. 75 – 76. Les mini­atures ont été attribuées par Bur­in au Maître de Guil­laume Lam­bert mais il n’est pas cer­tain qu’elle ait vu les 13 grandes pein­tures. Bur­in donne l’usage litur­gique comme étant celui de Lyon. Notre ana­lyse ne con­firme pas cela mais encore, Bur­in n’avait pas accès au manuscrit et se fonde cer­taine­ment sur la notice ancienne du cata­logue de vente de 1936.
  3. France, col­lec­tion particulière.

TEXTE

Ce manuscrit con­tient une sec­tion peu com­mune avec des prières et mots pieux des­tinés à être cop­iés et portés à même le corps comme des amu­lettes ou des « charmes » éloignant le mauvais œil et les dangers ou « tribu­la­cions » ren­con­trés. C’est un exemple sup­plé­mentaire de livres d’heures comme preuve de dévo­tion pop­u­laire et per­son­nelle, témoins de pratique de dévo­tion et des craintes et peurs tran­scendées par la croy­ance en la magie des mots saints. Le livre con­tient – outre les sec­tions classiques – un grand nombre de prières, d’incantations et de mots divins et saints censés protéger le fidèle. Faute de les copi­er et de les port­er à même le corps («…qui sur soy le port­era… »), ces mots pré­cieux pour faire face aux moments dif­fi­ciles sont soigneuse­ment con­signés dans le présent livre d’heures, con­sult­ables en cas de besoin. En voici un exemple :

Saint Leon pape de Romme escript cest bref quicon­quez le dira ne luy est doubter son ennemy mor­tel qui sur soy le port­era ne de mort subite ne mourra ne ne [sic] luy fault doubter de ser­pent, de couleuvre ou de poyson. Et sachés que tel mot y est escript. Quicon­quez le nom­mera le jour ja ne mourra de male mort. C’est chose cer­taine et esprouvée…Et se femme trav­aille d’enfant et elle ait ceste script sur soy tost se delivrera ne elle ne l’enfant ne peri­ra. Et quicon­quez ait ceste script sur soy ne est doubter son ennemy ne arme nulle ne fouldre ne tem­peste ne ton­naire et aura l’onneur de quan que sera (rub­rique, ff. 158 – 158v).

En sus de ces prières et mots-amu­lettes, le com­man­ditaire a égale­ment fait copi­er de longues prières en vers rimés, en français, telle cette Prière sur la Pas­sion et la Vierge, avec refrains, en français : « Helas j’ay bien mon temps gasté / Ne scay que dire en bonne foy / Je n’ay pas bien fait mon devoi­er / A dieu ser­vir le temps passé… » (ff. 148v-151) ; ou encore le texte fort intéress­ant en vers rimés en faveur de la messe (en « romans », i.e. en français), Les biens et prouff­is que l’omme peut acquerir a ouyr souvent messe devote­ment ; incip­it, « Affin que l’en soyt plus enclin / A estre au ser­vice divin / Espe­ci­aument a la messe / Que Dieu fit de sa bouche expresse / J’ay fait cy escripre en romans / Pour mieulx entendre a toutes gens… » (ff. 151 – 155v).

Ce derni­er texte, assez long (ici mal­heureuse­ment amputé de la fin), nous parait inédit. Il con­viendra de véri­fi­er dans Son­et-Sin­clair (Réper­toire d’incipit de prières en ancien français (Genève, 1956)). Nous ne l’avons jamais ren­con­tré dans un livre d’heures.

ff. 1 – 11v, Calendrier (manque le mois d’août), en lat­in, à l’encre brune et rouge, suivant de man­ière libre le calendrier dit « uni­versel » et le calendrier com­pos­ite par­is­i­en, avec cer­taines diver­gences que nous relevons ici : Octave saint Jean (3 jan­vi­er) ; Loup, évêque (28 jan­vi­er ; 29 août) ; Polo­cron (17 fév­ri­er) ; Vab­ulge [Wal­burge], vierge (25 fév­ri­er) ; Second (27 fév­ri­er) ; Just, évêque (28 fév­ri­er ; 2 septembre) ; Gay, mar­tyr (11 mars) ; Pig­men, prêtre (24 mars) ; Olimpi­ade, mar­tyr (15 avril) ; Trans­la­tion de saint Nic­olas (9 mai) ; Quad­rat, évêque (27 mai) ; Claude, évêque (6 juin) ; Ferreol, mar­tyr (17 juin) ; Anti­de, con­fes­seur (18 juin) ; Octave de saint Jean (1 juil­let) ; Con­cep­tion de saint Jean (24 septembre) ; Nic­olas, évêque (en rouge, 6 décembre) ; Ignace, évêque (17 déc.) ; Jean, apôtre (27 déc.) ;

ff. 12 – 15v, Péri­copes évangéliques ;

ff. 15v-18, Obsecro te ;

ff. 18 – 19v, Pas­sion selon saint Jean ;

ff. 19v-20, Sept vers de saint Bernard ;

ff. 20 – 21, Prières, avec incip­its suivants : « Omni­po­tens sempiterne deus… » ; « Dom­ine Ihesu Christe… » ; « Sanc­ta Maria mater domini… » ;

ff. 22 – 61, Heures de la Vierge (usage de Bes­ançon), avec mat­ines (ff. 22 – 35v), laudes (ff. 36 – 43v), prime (ff. 44 – 46v), anti­enne, « Ecce tu pul­cra es… » et capit­ule, « Ego quasi vit­is… » ; tierce (ff. 47 – 49) ; sexte (ff. 49v-51v) ; none (ff. 52 – 53v), anti­enne, « Fons ortor­um… » et capit­ule, « Et rad­icavi…» ; vêpres (ff. 54 – 57v) ; com­plies (ff. 58 – 61) ;

ff. 61 – 64, Vari­ations de l’Office de la Vierge à partir de la Nativ­ité jusque l’Annonciation [sic], rub­rique, Muta­cio offi­cii beate mar­ie a nativ­it­ate domini usque ad annunciacionem beate mar­ie ad matutin­um versus ;

ff. 64v-67v, Prière de Bède, suivie d’autres prières, rub­rique, Si com­mence l’oroyson de par­fa­icte devo­c­ion que Beda ven­er­able prestre des sept paroles tres piteuses tres humbles et moult angoisseuses ;

ff. 68 – 75v, Prières pour l’Avent jusque la Trin­ité ; suivi d’une prière pour la Nativ­ité de saint Jean-Bap­tiste ; puis suf­frages aux saints : Pierre et Paul ; Mar­ie Madeleine ; Trans­fig­ur­a­tion ; Michel ; Toussaint ;

ff. 76 – 79v, Office de vêpres du dimanche ;

ff. 79v-82, Heures de la Croix ;

ff. 82 – 84v, Heures du Saint-Esprit ;

ff. 85 – 87, Office de la Trinité ;

f. 87v, feuil­let blanc ;

ff. 88 – 96v, Psaumes de la pén­it­ence (manque le début ; manque la mini­ature, sans doute « Dav­id en prière » ou « Beths­abée au bain ») ; lit­an­ies (ff. 93 – 96) ; prière (ff. 96 – 96v), « Deus cui proprium… » ;

ff. 97 – 119v, Office des morts (usage de Lyon), avec neuf leçons (manque les 3 dernières ; relevons les 6 premières leçons : (1) Credo quod ; (2) Induta es (3) Memento mei ; (4) Ne abscondas me ; (5) Quis michi hoc tribuat ; (6) Versa est in luctum ; (7) manque ; (8) Velo­citer exaudi me ; (9) Pec­cavi super ; au fol. 118, rub­rique et petite mini­ature pour l’Office des morts, à vêpres : Ad ves­per­as psalmus [manque la fin].

Les lec­tures pour les trois noc­turnes, répons et ver­sets suivent l’Office des morts pour l’usage de Lyon tel que relevé par Ler­oquais, et reproduit dans Bur­in (2001), p. 49.

ff. 120 – 122v, Prières en lat­in et en français, incip­it, « […] ner­is de omni tribu­la­cione angus­tia… » [manque le début] ; incip­it, « Je vous prie saincte mere de dieu plaine de pitié fille du souverain roy… » ; rub­rique, De la ver­o­nique, incip­it, « Deus qui nobis signi­at­rix… » ; incip­it, « Te depre­cor ex prece… » ;

ff. 123 – 137, Dévo­tions diverses dont invoc­a­tion aux sept vertus, rub­rique, De septem vir­tu­ti­bus. Septem sunt vitutes. Tres theo­lo­gicas et quatuor car­dinales ; suivies de invoc­a­tions, prières : Credo (f. 123v); Invoc­a­tions aux saints (ff. 123v-124) ; Invoc­a­tions aux vertus (ff. 124 – 125v) ; Pré­ceptes de l’Eglise (ff. 125v-126v) ; Sequun­tur cas­us espe­ciales de quibus sim­plex sacer­dos non potest absolv­ere (ff. 126v-128) ; Quis illi qui volunt deo grat­um facere ser­vi­ci­um et qui volunt videre faciem dei debent dicere cothidie in mane ora­tiones sequentes cum anti­phonis ante scriptis (ff. 128 – 130) ; Sci­endum est quod si quis hos tres versus sequentes cum ora­tione sequenti quod­libet die et nocte devote dixer­it lib­er­ab­i­liter a morte subitanea et per tres dies antequam mori­atur pre­vid­eb­it mortem suam ; Ora­tio valde devota ad domin­um nos­trum Ihesum, « Deus prop­i­cius esto michi… » ; Incip­it devota ad se ipso cotodie dicenda. Ora­tio, « Spir­it­us sanc­tus deus… », suivis de prières en lat­in (ff. 133v-137) ;

ff. 137v-138v, Messe de saint Grégoire (sept prières), rub­rique en français, Saint Grégoire luy est­ant vivant en chant­ant sa messe nostre sei­gneur appar­ut en semb­lance de sa pas­sion… ;

ff. 139 – 146, Prières, avec première rub­rique, Con­tra tem­pestatem sine aer­i­as pot­est­ates cum primo videre­tur nubes… ;

ff. 146 – 147, Sept joies de la Vierge, avec rub­rique Septem gaud­ia beate mar­ie vir­ginis ;

ff. 147 – 148v, O intem­erata ;

ff. 148v-151, Prière sur la Pas­sion et la Vierge, en vers rimés avec refrains, en français, incip­it, « Helas j’ay bien mon temps gasté / Ne scay que dire en bonne foy / Je n’ay pas bien fait mon devoi­er / A dieu ser­vir le temps passé… » ;

ff. 151 – 155v, Vers rimés en faveur de la messe (en « romans », i.e. en français), rub­rique, Les biens et prouff­is que l’omme peut acquerir a ouyr souvent messe devote­ment ; incip­it, « Affin que l’en soyt plus enclin / A estre au ser­vice divin / Espe­ci­aument a la messe / Que Dieu fit de sa bouche expresse / J’ay fait cy escripre en romans / Pour mieulx entendre a toutes gens… » (incom­plet de la fin);

ff. 156 – 159v, Amu­lettes, prières et ex-voto à port­er et dire par les fidèles en guise de pro­tec­tion de maux divers, en français et en lat­in (manque le début), première rub­rique : […] apelle porte les avec toy et n’auras garde de faulx juge ne de mal faic­teur ne d’arbres ne de nulle pois­ons ne de parolles ne de tem­pestes ;

autres rub­riques :

Ce sont les noms que on ne doit nom­mer se non en per­il de mort (f. 156) ;

Ce sont les parolles nom­mées par quoy Dieu est apellé (f. 156) ;

Quiconques ses noms port­era ne le jour qu’il les verra ne luy est doubter nulle chose ne ja ne sera occis. Ce sont les noms d’angez (ff. 156 – 156v) ;

Ceste ligne sex­ante foiz double sig­ni­fie la lon­gueur du corps nostre sei­gneur Ihesucrist. Et quiconque ceste ligne port­era ne le jour qu’il la verra il ne sera ja engloti de nulle beste ni ne pourra de mort soudaine. Et si tu vas en champ de bataille aiez la avec toy si ne ser­as ja en domaige ne vain­cu de la bataille (f. 156v) ;

Ce sont les noms de luy quiconque les port­era ne le jour qu’il les verra il ne peult estre per­ilz ne par feu ne par eaue ne par glaive ne de nul juge ne peut estre oultre sur­monté (f. 157) ;

Lettres du pape Leon à Char­le­magne, en lat­in, avec rub­rique : Domin­us Leo papa romanor­um has lit­er­as scrip­sit Karolo magno regi. Quic­um­que istas lit­er­as super se portaver­it vel vider­it non potest inimic­um timere neque ser­pen­tem neque gla­di­um… (ff. 157 – 157v) ;

Quic­um­que ista nom­ina super se portaver­it invictus per­mane­bit hec lin­ea sex decres dicta lon­git­u­dinis cor­por­um Christi men­suram demon­strat… (f. 158);

Bref du pape Léon : Saint Leon pape de Romme escript cest bref quicon­quez le dira ne luy est doubter son ennemy mor­tel qui sur soy le port­era ne de mort subite ne mourra ne ne [sic] luy fault doubter de ser­pent, de couleuvre ou de poyson. Et sachés que tel mot y est escript. Quicon­quez le nom­mera le jour ja ne mourra de male mort. C’est chose cer­taine et esprouvée…Et se femme trav­aille d’enfant et elle ait ceste script sur soy tost se delivrera ne elle ne l’enfant ne peri­ra. Et quicon­quez ait ceste script sur soy ne est doubter son ennemy ne arme nulle ne fouldre ne tem­peste ne ton­naire et aura l’onneur de quan que sera (ff. 158 – 158v) ;

Et voyci aultres noms de nostre sei­gneur Ihesucrist et lez premi­ers sont en ebrieu et les aultres en lat­in. Qui port­era ceste script sur soy s’il est de son chemin et regarde dedens ceste script tan­tost sera redre­cié et se ceste script est pendu au col d’aucun mal­ade il sera tan­tost alegé (f. 159) ;

Et voyez cy aultres noms qui ensuivent les pro­pres noms de nostre sei­gneur que nul ne doit nom­mer s’il n’est en per­il de mort ou en per­il de mer ou en bataille mor­telle ou en pure doubte de playe mor­telle (f. 159v) ;

ff. 159v-161v, Prière à la Vierge, en lat­in, rub­rique, Ora­tio valde devota ad beatam et glor­i­osam vir­ginem mari­am; incip­it, « Ave celor­um regina / Ave stella matutina… » ;

ff. 162 – 169, Pas­sion selon saint Jean ;

ff. 169 – 169v, Prière, en lat­in, « Deus qui manus tuas et pedes tuos… » ; prière, en français, « Mes toutes tes affec­tions a tenir et garder ta loy / Et quand bene­dic­tions de Dieu des­cen­dront en toy… » ;

ff. 170 – 188, Prières diverses et suf­frages, dont la première rub­rique, Orais­on tres­de­ve­ote laquelle se doit dire tous les samedis en l’onneur et rev­er­ence de la ben­oite glorieuse Vierge Mar­ie ; rub­riques suivantes, De sanc­to sac­ra­mento ; ora­tio, « Salve sanc­ta facies nos­tri redemp­tor­is… » ; ora­tio, « Deus qui nobis fam­ulis tuis… » ; De sanc­to Michaele anti­phona ; ora­tio, « Deus qui miro ordine angelor­um… » ; De sanc­to Johan­no Baptista ; De sanc­to Johanne evan­gelista ; De sanc­to Petro et Paulo ; ora­tio, « Deus cuius dex­tera beatum Pet­rum… » ; De sanc­to Jac­obo ; ora­tio, « Esto dom­ine plebis… » ; De omni­bus apostol­is ; ora­tio, « Con­cede con­sumus omni­po­tens deus… » ; De sanc­to Stephano ; ora­tio, « Omni­po­tens sempiterne deus… » ; De sanc­to Laurentis ; ora­tio, « Da nobis que­sumus oper­is deus… » ; De sanc­to Chris­to­foro ; De sanc­to Sebasti­ano ; De sanc­to Dyonis­is ; De pluribus mar­tiribus ; De sanc­to Nic­ol­ao ; De sanc­to Clau­dio ; De sanc­to Antho­nio ; De sanc­ta Anna ; De sanc­ta Maria Mag­dalena ; De sanc­ta Kath­er­ina ; De sanc­ta Mar­gar­ita ; prière à sainte Barbe (sans rub­rique), « Gaude Bar­bara beata… » ; De sanc­ta Appo­lo­nia ; Contre la tem­peste. Ora­tio ; Pour le roy. Ora­tio ; Pour impet­rer grace de ses pech­iés ; Contre la tenta­tion de la char ; Pour quelque tribu­la­cion ; Pour l’amy vivant en tribu­la­cion ; Pour ceulx qui vont en voy­age ; Pour nous bien­faiteurs ; Pour les amys qui sont en neces­sité : « Omni­po­tens sempiterne deus…in eccle­sie tua refer­at actionem ».

ILLUS­TRA­TION

Ce manuscrit est intéress­ant pour les mini­atures qu’il con­tient, comme les textes insolites et peu recensés. Il est peint à Lyon, par trois mains distinctes.

La première main peint deux mini­atures, un peu à part, à savoir Saint Jean sur l’île de Pat­mos et l’Annonciation. Il nous semble qu’il faut recon­naitre le « Grey Faces Paint­er » étudié par E. Bur­in ou en tout cas iden­ti­fié comme la main qui peint cer­taines enlu­min­ures aux côtés des artistes de l’atelier Guil­laume Lam­bert : « Fur­ther hands may be detec­ted in some of the manusrcipts…The most dis­tinct­ive uses a pecu­li­ar grey shad­ing in his flesh tones : I shall there­fore call him the Grey Faces Paint­er » (Bur­in, 2001, p. 8). Bur­in cite sa par­ti­cip­a­tion dans les manuscrits suivants : Rouen, BM, MS 3027 (Bur­in, cat. 38); Vienne, ÖNB, Cod. ser. nov. 2598 (Bur­in, cat. 44); Lyon, BM, MS 583 (Bur­in, cat. 51).

La seconde main nous semble effect­ive­ment être celle du Maître de Guil­laume Lam­bert, comme le pré­con­ise Avril (1993) et Bur­in (2001) d’après les élé­ments fournis par le cata­logue de vente Par­is, Drouot, 23 mars 1936, lot 4. Le Maître de Guil­laume Lam­bert peint les grandes mini­atures suivantes : Saint Jean sur l’île de Pat­mos ; Annon­ci­ation ; Vis­it­a­tion ; Nativ­ité ; Annonce aux ber­gers ; Ador­a­tion des rois mages ; Dorm­ition de la Vierge ; Pentecôte.

On lira avec grand profit l’entrée « Atelier Guil­laume Lam­bert » dans Avril et Reynaud (1993), pp. 358 – 359 ; celui-ci est aus­si étudié par Bur­in (2001). Le Maître de Guil­laume Lam­bert (actif c. 1475 – 1490) doit son nom à un cop­iste « Guil­laume Lam­bert » qui signe un livre d’heures daté 1484 et qui est illus­tré de 14 grandes pein­tures du Maître de Guil­laume Lam­bert, s’étant asso­cié au cop­iste Guil­laume Lam­bert de Lyon (Bur­in, 2001, no. 42, Quar­itch, cat. 1931 no. 47 ; acquis par Tenschert en 1993). Avril et Bur­in rat­tachent le présent livre d’heures à un manuscrit con­ser­vé à Par­is, BnF, NAL 3117 : « L’usage litur­gique lyo­n­nais des deux autres livres d’heures du même groupe con­firme l’ancrage de cet atelier dans la cité rhodani­enne (New York, PML, M. 83 ; Par­is, Drouot, 23 mars 1936, no. 4) » (Avril et Reynaud, 1993, no. 201, p. 361 ; sur Par­is, BnF, NAL 3117, voir aus­si Bur­in, 2001, no. 34, pp. 111 – 113).

Plusieurs élé­ments styl­istiques et de com­pos­i­tion offrent des com­parais­ons avec les manuscrits attribués au Maître de Guil­laume Lam­bert. On repren­dra de près les mini­atures dans les Heures cop­iées et signées par Guil­laume Lam­bert (datées 1484) acquis par Tenschert (Bur­in, no. 42) et les Heures de la Pier­pont Mor­gan Lib­rary, MS M. 83 : des élé­ments con­nexes se ret­rouvent jusque dans les belles ten­tures de l’Adoration des mages, de la Dorm­ition de la Vierge ou encore de la Pentecôte.

On sait l’influence qu’a pu avoir le ber­richon Jean Colombe sur le Maître de Guil­laume Lam­bert : Jean Colombe a pu se rendre à Lyon sur le chemin de Bourges à la Savoie où le ber­richon fut un temps au ser­vice de la cour de Savoie. Les deux artistes col­laborent dans un manuscrit en par­ticuli­er à savoir des Heures con­ser­vées à Rodez, Société des Lettres, Sci­ences et Arts de l’Aveyron, MS 1 : « La présence de mini­atures de style ber­richon dans un livre d’heures par ail­leurs entière­ment lyo­n­nais soulève le problème des con­di­tions de son exécu­tion… » (Avril, 1993, no. 184, p. 335).

Une troisième main attribu­able au Maître de Keble Col­lege 7 peint les grandes mini­atures suivantes : Cir­con­cision ; Vierge en prière entourée d’anges ; Porte­ment de croix ; Trin­ité ; Job sur son tas de fumi­er. C’est un artiste des plus intéress­ants et inat­ten­dus, aux vis­ages d’une grande expressiv­ité. Cet artiste est asso­cié par Bur­in au groupe dit « Groupe du Maître des Alarmes de Mars » (voir Bur­in, 2001, pp. 27 – 29 : « The Mas­ter of Keble 7 and Oth­er Asso­ci­ates »). Il est nom­mé d’après un livre d’heures con­ser­vé à Oxford, Keble Col­lege, MS 7 (Bur­in, 2001, no. 58). L’artiste au style si par­ticuli­er a peint un cer­tain nombre de manuscrit, dont des Heures un temps pro­posées par Sam Fogg (Lon­dres, 1999) et reproduit dans Bur­in (no. 50).

Il est intéress­ant de rap­procher égale­ment le présent livre d’heures d’un autre manuscrit, des Heures décrites par H.P. Kraus, cata­logue 95, no. 24, avec 16 petites et 16 grandes mini­atures que se part­agent nos deux artistes à savoir le Maître de Guil­laume Lam­bert et le Maître de Keble Col­lege 7, autre preuve que ces deux artistes ont col­laboré ensemble (Bur­in, 2001, no. 17, p. 84). Deux mini­atures (l’une par le Maître de Guil­laume Lam­bert et l’autre attribu­able au Maître de Keble Col­lege 7) sont con­nues d’après leur repro­duc­tion dans un cata­logue de Kraus de 1959.

Enfin il nous semble qu’il faut dis­tinguer une troisième main qui peint les petites ini­tiales, ou est-ce sim­ple­ment une main d’atelier du Maître de Guil­laume Lambert ?

MINI­ATURES

f. 12, Saint Jean l’Evangéliste sur l’île de Pat­mos, avec son sym­bole, l’aigle (grande miniature) ;

f. 13, Saint Luc et son sym­bole (petite miniature) ;

f. 14, Saint Math­ieu et son sym­bole (petite miniature) ;

f. 15, Saint Marc et son sym­bole (petite miniature) ;

f. 15v, Vierge à l’Enfant (petite miniature) ;

f. 22, Annon­ci­ation (grande miniature);

f. 36, Vis­it­a­tion (grande miniature);

f. 44, Nativ­ité (grande miniature);

f. 47, Annonce aux ber­gers (grande miniature);

f. 49v, Ador­a­tion des mages (grande miniature);

f. 52, Cir­con­cision (grande miniature);

f. 54, Dorm­ition de la Vierge (grande miniature);

f. 58, Vierge en prière, entourée des anges (grande mini­ature) [Vir­gin in a Glory of Angels, see Los Angeles, Getty 10, fol. 85];

f. 61v, Vierge et ange (petite miniature) ;

f. 76, Homme en dévo­tion [Dav­id ?](petite miniature) ;

f. 80, Porte­ment de Croix (grande miniature);

f. 82v, Pentecôte (grande miniature);

f. 85, Trin­ité (grande miniature);

f. 97, Job sur son tas de fumi­er, raillé par ses fils et sa femme (grande miniature);

f. 118, Homme con­vers­ant avec la Mort (petite miniature) ;

f. 147, Vierge (ini­tiale his­tor­iée, lettre O) ;

f. 162, Jésus au jardin de Geth­sé­mani avec apôtres endormis (ini­tiale his­tor­iée, lettre E) ;

f. 170, Annon­ci­ation (ini­tiale his­tor­iée, lettre M) ;

f. 176v, Sainte Face (dans la marge extérieure ; dans la bordure enlu­minée) (petite miniature).

BIB­LI­O­GRAPH­IE

Avril, F. et N. Reynaud, Les manuscrits à pein­tures en France, 1440 – 1520, Par­is, Flam­mari­on, 1993.

Bur­in, E. Manu­script Illu­min­a­tion in Lyons, Turnhout, Brepols, 2001.

Jac­obs, Lynn. “The Mas­ter of Getty MS 10 and Fif­teenth-Cen­tury Manu­script Illu­min­a­tion in Lyons”, in J. Paul Getty Museum Journ­al, 21 (1993), pp. 55 – 83.